Saint-Chamond, la crise au fond de la vallée
Une fois par mois, les médias ont rendez-vous avec la crise, à l’occasion de la publication des chiffres du chômage. Certains mois, comme en octobre, c’est la fin de la crise, puisque le chiffre des nouveaux demandeurs d’emplois est « faible » (allez dire ça aux 200000 nouveaux chômeurs concernés !). En général, on a droit à des enquêtes sur les métiers qui embauchent quand même, ou sur les succès de la formation, etc. D’autres fois, comme en novembre, c’est la crise dure. Pensez : 52000 demandeurs d’emplois supplémentaires ! Quel choc pour les pouvoirs publics et… pour les rédactions. Alors on sort les reportages sur les licenciements collectifs. Le ministre de l’emploi, Laurent Wauquiez a droit à son interview. Il balbutie quelques phrases sans aucun sens, comme : « nous devons absolument mobiliser tous les moyens de la politique de l’emploi ». Et puis rendez-vous à la fin du mois prochain, pour de nouvelles statistiques, en espérant qu’elles s’améliorent.
L'église de Saint-Chamond est fermée. La pierre poreuse rend l'édifice dangereux. La flèche de gauche a du être démolie. photo Hervé Nathan
Mais les hommes, eux, demeurent avec leurs problèmes. Comme à Saint-Chamond où j’étais invité par la MJC pour animer un débat sur les chiffres de l’économie. Saint-Chamond, petite ville du département de la Loire, 35500 habitants, à 12 kilomètres de Saint-Étienne, semble vivre au rythme des licenciements, programmés dans deux entreprises industrielles, Siemens VAI et Mavilor (groupe Krupp). Entre ces deux entreprises, c’est près de 600 emplois qui sont en jeu Lire l'article du Progrès.
Siemens VAI, c’est un reste (on pourrait dire un reliquat) de Creusot-Loire, qui fut un des géants de la sidérurgie et de l’industrie lourde française et qui fit faillite en 1984. Une partie de l’empire se trouve maintenant dans Schneider Electric, une autre chez Arcelor Mittal. L’établissement de Saint-Chamond, qui fabrique les machines spécialisées dans le laminage et le traitement des tôles fines (pour l’automobile et les boites de conserves…), lui es passé dans des mains divers, norvégienne britanniques (le groupe Trafalgar, cela ne s’invente pas) avant d’échouer chez Siemens, le plus grand groupe industriel européen, qui va le démanteler. « L’électronique et les boîtiers de commande iront à Erlangen, en Allemagne, à Linz en Autriche et l’outillage sera fait en Chine à Shanghai, où sera basé le siège social de l’entreprise », explique un syndicaliste.
Le trac qu’il distribue sur le marché pour appeler à manifester lundi, interroge : « On nous annonce la reprise. Mais de quoi parle-t-on ? Celle des affaires, de celles des grands patrons, des traders qui touchent à nouveau leur bonus. On ne parle pas de reprise de l’emploi industriel. Bien au contraire. Il y a de l’indécence, du mépris pour les personnels traités comme des Kleenex ». Il n’y a, hélas, rien à ajouter, sinon que Siemens VAI, énorme cathédrale industrielle de brique et d’acier, fait face à l’ex-bâtiment de GIAT industrie. Autrefois, on y construisait les VAB qu’utilisent nos soldats en Afghanistan. Aujourd’hui ce n’est plus qu’une friche sur laquelle poussent les herbes folles. Saint-Chamond, autrefois ville industrieuse, ne compte plus les espaces laissés vide par les ateliers disparue . Tout comme la vallée du Gier qui dévale de Saint-Etienne à Givors, en passant sous Saint-Chamond, où la rivière longe les usines, désaffectées ou promises à l’être avant de se jeter dans le Rhône.