Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 21:58

Qui a inventé l’école ? Charlemagne, bien sûr, et pour toute l’Europe ! Qui a inventé une taxe sur les bonus extravagants des banquiers ? Gordon Brown, affirment les Anglais (et les journalistes) ! Mais non, si l’on écoute l’Elysée, c’est évidemment Nicolas Sarkozy. « Le 25 août en recevant les dirigeants des banques, le président de la République avait annoncé qu’il proposerait une taxe exceptionnelle sur les rémunérations exceptionnelles des traders », rappelle-t-on au « Palais ». Ce qui exact. Mais le président français a soigneusement attendu qu’un autre que lui, le Premier ministre britannique, ait le courage d’annoncer une mesure concrète. En France on se souvient que fin août les dirigeants des banques avaient mis des barrières à la fringale de régulation de Sarkozy. « Nous acceptons d’étaler les versements des bonus sur au moins trois ans, d’en payer une partie en action, mais pour le reste débrouillez vous pour que les autres, notamment les Anglais, en fassent de même, et en attendant abstenez vous de toute nouvelle initiative, surtout en matière d’impôts », avaient-ils indiqué en substance. Avec toujours la même menace : « si les règles françaises sont trop contraignantes, nous iront ailleurs, à Londres, par exemple ». Cela tombe bien, elles y sont déjà, notamment BNP-Paribas…

Gordon Brown qui doit affronter les électeurs au plus tard en juin, lui, a moins barguigné. Encore que ! La taxe de 50% sur les bonus est bien calibrée. Ce sera aux banques de les payer, et non aux heureux salariés. Et ce sera un impôt exceptionnel, pour l’année 2009 seulement.

Voici un élément qui réjouit les Français. Ce n’est pas un impôt sur le revenu, donc le bouclier fiscal, le « marqueur du quinquennat » reste intangible. C’est une taxe, qui sera acquittée en 2010 et calculée sur les bonus acquis au titre de l’année 2009, et disparaîtra en 2011. Cela permettra à la majorité d’afficher une légère baisse des prélèvements obligatoires un an avant la présidentielle. Pratique, non ? D’ailleurs il n’est pas certain que la taxe française, dont l’entourage de Christine Lagarde indique que les « modalités sont en discussion », sera du même niveau que son homologue britannique. Gageons que le lobby bancaire arguera, par exemple, du poids des « charges patronales »  hexagonales pour demander un traitement de faveur.

Ce qui semble certain, c’est qu’en 2010 et mieux encore en 2011, à la sortie de la crise il n’y aura plus de prélèvement exceptionnel, et donc les spéculateurs pourront s’en donner à cœur joie dans les salles des marchés. Comme "avant". Traders de tous les pays, réjouissez-vous, le bon temps reviendra vite. C’est Gordon Brown et Nicolas Sarkozy qui l’assurent.

Par Hervé Nathan
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 16:27


Une enquête médicale à grande échelle révèle les dures conditions de vie de la classe moyenne.

 

C’est la révélation du jour sur le site du quotidien officiel chinois China Daily

http://www.chinadaily.com.cn/china/2009-12/07/content_9130787.htm: 60% des employés du secteur tertiaire sont fatigués, selon une enquête réalisée dans quinze villes, basée sur trois millions de dossiers médicaux. Les détails laissent pantois : 80% des interrogés disent dorment et mangent irrégulièrement. 23% sautent leur petit déjeuner! Les cas de diabètes précoces et de maladies cardio-vasculaires se multiplient du fait de la mauvaise bouffe ! Ce n’est plus un pays géant, c’est un continent-hôpital ! Plaisanterie mise à part, cette enquête officielle corrobore les récits que rapportent tous les voyageurs en Chine, dès qu’ils s’éloignent des sites touristiques : les classes moyennes chinoise, ces quelques centaines de millions de personnes qui ont vraiment bénéficié d’une hausse de leur niveau de vie avec la libéralisation économique vivent mal. Des temps de transport et de travail trop long, des appartements encore trop petits, etc. Les expatriés occidentaux décrivent de leur côté une « qualité de vie médiocre », même pour ceux qui sont depuis longtemps dans le pays. Le stress est présent à tout moment. Évidemment, pour ces « blue collars », surtout les migongs ces ouvriers précaires, et les paysans, les conditions sont pires encore.

Par Hervé Nathan
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 12:50

Interrogeons n’importe quel citoyen dans la rue, il nous répondra : « un néolibéral ? C’est un Américain ou un Anglais qui fait passer le marché avant l’humanité ».  Le bon sens populaire se trompe rarement sur toute la ligne t. D’abord parce que certains chercheurs et non des moindres, comme le sociologue Pierre Bourdieu, ont enseigné dans les années 90 une définition similaire du néolibéralisme. Et ensuite,  il y a bien  dans la pratique actuelle de certains de nos néolib’ la sauvagerie que décrit notre quidam du coin de la rue. Notre homme serait bien étonné s’il découvrait que le néolibéralisme est né…à Paris, en août 1938, lorsque 26 économistes se réunirent lors du colloque Walter Lippmann (du nom d’un célèbre journaliste et intellectuel américain, auteur de « La Cité libre »), à l’initiative du philosophe positiviste français Jacques Rougier. Il y avait urgence. « On était alors juste après l’Anschluss. Le totalitarisme semblait gagner partout sur la planète. L’ordre économique libéral qui régnait sur le monde occidental depuis 150 ans se révélait incapable de soutenir les démocraties », explique  le philosophe Pierre Dardot.

Drôle de colloque où un quart des participants étaient des réfugiés politiques ayant fui le fascisme, dont les Autrichiens Friedrich Hayek ou Ludwig von Mises, l’Allemand Alexander Rüstow ou encore l’Espagnol Jose Castillo. On trouve aussi deux jeunes français dont on entendra reparler : Jacques Rueff et Raymond Aron. Beaucoup partagent alors une conviction : le libéralisme de papa que l’on appelle alors le « laissez-fairisme » ou libéralisme « manchestérien », car héritier de Ricardo et de Malthus a échoué. Rompre avec le laissez-fairisme, contenir le socialisme en pleine ascension ou refouler le « planisme » expérimenté par le Front populaire, voilà donc le programme que développe l’Allemand Alexander Rustow, contre Hayek et les tenants de « l’école autrichienne » : « Tout bien considéré, il est indéniable qu’ici, dans notre cercle, deux points de vue différents sont représentés. Les uns ne trouvent rien d’essentiel à critiquer ou à changer au libéralisme traditionnel, tel qu’il fut et tel qu’il est, abstraction faite, naturellement, des adaptations et des développements courants qui vont de soi. À leur avis, la responsabilité de tout le malheur incombe exclusivement au côté opposé, à ceux qui par stupidité ou par méchanceté, ou par un mélange des deux, ne peuvent ou ne veulent pas apercevoir et observer les vérités salutaires du libéralisme. Nous autres, nous cherchons la responsabilité du déclin du libéralisme dans le libéralisme lui-même ; et, par conséquent, nous cherchons l’issue dans un renouvellement fondamental du libéralisme » (in Serge Audier, Le Colloque Lippmann. Aux origines du néo-libéralisme, page 333, Latresne, Éditions Le Bord de l’Eau, 2008).

Les économistes s’empaillèrent pour savoir s’il fallait appeler leur courant « rénovation » ou « refondation » du libéralisme, « individualisme » ou… « néo-libéralisme ». Ils ne tranchèrent pas, mais le mot était inventé ! Et pour certains, sa signification était bien qu’il fallait chercher à marier l’Etat et le marché et non plus nier le rôle de l’Etat.

Une partie des économistes du colloque Lippmann, dont Jacques Rueff (futur conseiller du général De Gaulle en 1958), se retrouvèrent en 1947 au Mont Pèlerin autour de Fridriech Hayek, qui venait de publier un best seller,  « La Route de la servitude » (600.000 exemplaires vendus !) Maurice Allais qui deviendra le seul prix Nobel d’économie français, refusa de signer le manifeste de la Société du Mont Pélérin, qui était selon lui trop attaché au droit de propriété. Alexander Rustow, lui,  fonda de son côté « l’ordo-libéralisme » aux racines du modèle allemande d’économie sociale de marché. Les ultras de l’école autrichienne, au premier rand desquels figure Milton Friedmann, l’animateur de l’école de Chicago, avaient capté l’héritage néolibéral.  Ce n’étaient pas des rigolo. Les Chicago Boy’s s’illustrèrent en conseillant Pinochet après la coup d’Etat de septembre 1973 au Chili. Il est vari que pour les théoriciens comme Hayek, la liberté des affaires était première, voire supérieure aux libertés politiques. En clair, il s’accomodait d’une petit peu de dictature, pourvu que le marché demeure libre. Il faudra attendre les années 90, et la révolution conservatrice de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, pour comprendre à quel point cette branche spécifique du néolibéralisme était en fait proche du « laissez-fairisme ». Ces néolibéraux contemporains ont même, selon Pierre Dardot, perfectionné l’ultra-libéralisme : « il ne se contente plus de vouloir refouler la sphère de l’Etat, de réduire son influence dans l’économie, mais il exige de l’Etat qu’il abandonne ses règles propres, pour adopter celle du marché et de la concurrence. »

A lire :

Pierre Dardot, Christian Laval :  La nouvelle raison du monde. La Découverte

Michaël Laisné : Le marché introuvable » Syllepse

François Denord : Néo-libéralisme, version française. Histoire d'une idéologie politique ».

Démopolis

Alan Greenspan : « Le Temps des turbulences », JC Lattès.

Par Hervé Nathan
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 19:26


Une fois par mois, les médias ont rendez-vous avec la crise, à l’occasion de la publication des chiffres du chômage. Certains mois, comme en octobre, c’est la fin de la crise, puisque  le chiffre des nouveaux demandeurs d’emplois est « faible » (allez dire ça aux 200000 nouveaux  chômeurs concernés !). En général, on a droit à des enquêtes sur les métiers qui embauchent quand même, ou sur les succès de la formation, etc.  D’autres fois, comme en novembre, c’est la crise dure. Pensez : 52000 demandeurs d’emplois supplémentaires ! Quel choc pour les pouvoirs publics et… pour les rédactions. Alors on sort les reportages sur les licenciements collectifs. Le ministre de l’emploi, Laurent Wauquiez a droit à son interview. Il balbutie quelques phrases sans aucun sens, comme : « nous devons absolument mobiliser tous les moyens de la politique de l’emploi ». Et puis rendez-vous à la fin du mois prochain, pour de nouvelles statistiques, en espérant qu’elles s’améliorent.


L'église de Saint-Chamond est fermée. La pierre poreuse rend l'édifice dangereux. La flèche de gauche a du être démolie. photo Hervé Nathan


Mais les hommes, eux, demeurent avec leurs problèmes. Comme à Saint-Chamond où j’étais invité par la MJC pour animer un débat sur les chiffres de l’économie. Saint-Chamond, petite ville du département de la Loire, 35500 habitants, à 12 kilomètres de Saint-Étienne, semble vivre au rythme des licenciements, programmés dans deux entreprises industrielles, Siemens VAI et Mavilor  (groupe Krupp). Entre ces deux entreprises, c’est près de 600 emplois qui sont en jeu Lire l'article du Progrès.

Siemens VAI, c’est un reste (on pourrait dire un reliquat) de Creusot-Loire, qui fut un des géants de la sidérurgie et de l’industrie lourde française et qui fit faillite en 1984.  Une partie de l’empire se trouve maintenant dans Schneider Electric, une autre chez Arcelor Mittal. L’établissement de Saint-Chamond, qui fabrique les machines spécialisées dans le laminage et le traitement des tôles fines (pour l’automobile et les boites de conserves…), lui es passé dans des mains divers, norvégienne britanniques (le groupe Trafalgar, cela ne s’invente pas) avant d’échouer chez Siemens, le plus grand groupe industriel européen, qui  va le démanteler. « L’électronique et les boîtiers de commande iront à Erlangen, en Allemagne, à Linz en Autriche et l’outillage sera fait en Chine à Shanghai, où sera basé le siège social de l’entreprise », explique un syndicaliste.

Le trac qu’il distribue sur le marché pour appeler à manifester lundi, interroge :  « On nous annonce la reprise. Mais de quoi parle-t-on ? Celle des affaires, de celles des grands patrons, des traders qui touchent à nouveau leur bonus. On ne parle pas de reprise de l’emploi industriel. Bien au contraire. Il y a de l’indécence, du mépris pour les personnels traités comme des Kleenex ». Il n’y a, hélas, rien à ajouter, sinon que Siemens VAI, énorme cathédrale industrielle de brique et d’acier, fait face à l’ex-bâtiment de GIAT industrie. Autrefois, on y construisait les VAB qu’utilisent nos soldats en Afghanistan. Aujourd’hui ce n’est plus qu’une friche sur laquelle poussent les herbes folles. Saint-Chamond, autrefois ville industrieuse, ne compte plus les espaces laissés vide par les ateliers disparue . Tout comme la vallée du Gier qui dévale de Saint-Etienne à Givors, en passant sous Saint-Chamond,  où la rivière longe les usines, désaffectées ou promises à l’être avant de se jeter dans le Rhône.
Par Hervé Nathan
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 18:57

Eric Besson est enfin devenu un vrai ministre UMP. A quoi reconnaît-on un « vrai ministre UMP » ? demandera le béotien. A cette façon typique de répondre à un problème concret par un projet de loi à venir. On l’a bien vu avec les problèmes de maintien de l’ordre public. Confrontés aux incivilités, aux vols, aux violences de toutes sortes, Nicolas Sarkozy, MAM et Hortefeux sortent à chaque fois un projet législatif de leur tiroir, au lieu de prendre des mesures concrètes, comme d’ouvrir davantage de commissariats en Seine-Saint-Denis. Ces projets « compensatoires » de la droite se ressemblent tous : ils accentuent les peines et les amendes attribuées à des délits déjà largement réprimés par la loi. Ainsi de la récidive, des mineurs, des violences sexuelles, etc.

Eric Besson étant désormais un baron de l’UMP, et il applique la méthode comme les autres. Le ministre est confronté en ce moment  à un conflit social de grande ampleur, celui des travailleurs sans papier (en fait avec de faux papiers). 5000 grévistes environ qui occupent leurs locaux en Ile-de-France, ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Face à ce conflit majeur, il devrait s’efforcer de trouver des solutions pratiques avec les moyens de l’administration dont il dispose. Par exemple vérifier chaque cas rapidement, régulariser ceux qui le méritent. Ou encore embaucher une centaine d’inspecteurs du Travail (on attendra 2010 pour ça). Ou encore obtenir en réunion interministérielle une instruction absolue aux parquets de poursuivre systématiquement les donneurs d’ordre des 1800 entreprises (selon la liste de la CGT)  où se sont déclarés des sans-papiers en faisant appliquer les textes votés en 205,2006, 2007, Perquisitionner dans leurs bureaux, faire éplucher les comptes, interroger les directeurs d’achat, etc…

Et bien non, Eric Besson prépare une loi, qui sera débattue au Parlement début d’année prochaine, et appliquer on ne sait quand. Et qui devrait aboutir selon la présentation de l’avant projet remis à la presse à « des sanctions plus lourdes que celles qui s’appliquent au travail dissimulé, parce que employer un étranger sans titre de séjour est plus grave qu’employer un Français ou un étranger en situation irrégulière sans le déclarer… ». Le service de com’ de Besson a lui-même mis en gras cette partie du texte.  L’emploi d’un étranger sans papier  devient donc le crime suprême pour la droite.  Il est remarquable qu’un ministre qui vient du PS trouve cette infraction plus terrible que l’emploi d’un Français « au noir », alors que le travail dissimulé est un véritable fléau public (1) selon ses collègues  Eric Woerth et Xavier Darcos!

Mieux vaut, pour Besson, frauder la collectivité nationale, que de travailler sans papier tout en payant cotisations et impôts (cas des sans papiers actuellement grévistes)!

 On notera aussi une disposition passée inaperçue, mais qui sent bon son état policier (on évitera les références historiques pour ne vexer personne). Les entreprises seront désormais tenues de conserver à disposition des inspecteurs du travail un registre composé uniquement de leurs salariés étrangers, alors qu’actuellement l’employeur doit tenir à jour un registre de tous ses employés, français et étrangers. Cela permettra sans doute de donner une instruction simple aux agents de l’Etat : contrôlez le registre des étrangers et ne vous occupez pas du reste (paiement des heures sup ou des congés payés, etc.).

Qu’on se rassure : tout cela ne fonctionnera pas mieux que le reste sans moyens supplémentaires ni volonté politique de s’en prendre aux donneurs d’ordre. Or, ce que l’on nous annonce en matière de « coresponsabilité » des grands groupes (SNCF, RATP, Bouygues, Vinci, Costes..) avec leurs sous-traitants ne modifie rien de ce qui existe déjà dans le droit actuel.

Le trafic de main-d’œuvre et les grèves de sans papiers ne sont donc pas prêtes de se terminer…

Xavier Darcos, ministre du Travail, est un peu confus sur les chiffres. Il estime que le travail dissimulé coûte 4 points de PIB, soit 60 milliards d’euros.  En fait ce chiffre représente l’ensemble de la fraude fiscale et sociale en France, estimée par l’Insee. Et il est constitué principalement par la fraude à la TVA. La perte de cotisations sociales par le travail noir, elle, s’élèverait à 12 milliards d’euros, ce qui représente à peu près le trou de la sécu, quand même ( lire Marianne du 19 septembre 2009).

Par Hervé Nathan
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 17:12

La commission Juppé-Rocard, dite « 2APM » (deux anciens Premiers ministres) devrait rendre son rapport sur le grand emprunt le mardi 10 novembre. Avec déjà 10 jours de retard sur le calendrier prévu au départ par l’Elysée. Rien ne presse, d’ailleurs, si ce n’est la tension croissante au sein de la majorité (lire Marianne du 24 octobre). La remise du rapport sera en elle-même un événement, puisqu’elle ouvrira, de fait, un débat public et médiatique sur ce que sont les « dépenses d’avenir ». En gros, la réponse est facile : ce sont celles qu’on n’a pas faites dans le passé !


Plus sérieusement, la commission doit répondre à deux questions. De quoi avons-nous besoin pour assurer la compétitivité de la France ? Et ensuite : que pouvons-nous engager comme investissement compte tenu de la situation des finances publiques ?
 

Sur la première question, les commissaires ont croulé sous les propositions « Nous avons eu tous les lobbys, avec chacun leur produit miracle, à financer d’urgence sur fonds publics. C’est la logique du guichet : il suffit de l’entrouvrir pour provoquer l’afflux. Certains sont même venus avec des moutons à 5 pattes, des technologies dont les dossiers scientifiques étaient plus que bancals », confie un commissaire. En fait la commission ne devrait pas choisir un « nouveau plan calcul ». En clair, s’il faut relier tous les foyers français à un réseau à haut débit, elle ne choisira pas entre un réseau en fibre optique qui coûte 30 milliards, ou un réseau hertzien, quatre à cinq fois moins onéreux. Ce sera aux organismes chargés des appels à projets de choisir. La Commission devrait se contenter d’indiquer les directions vers lesquelles il faudra diriger les capitaux levés par l’emprunt : l’économie numérique, la voiture du futur…

Ils lanceront ainsi un débat qui passionnera à coup sûr les économistes. Si c’est l’Etat, et non le privé qui s’endette, c’est donc pour une rentabilité attendue différente de celle attendue par les marchés. Oui, mais laquelle ? Faut-il financer des projets totalement hors de portée des marchés, ou tailler un moyen terme permettant une association entre public et privé (les « PPP »), comme le souhaite l’UMP pour qui l’investissement public est encore la traduction française du Gosplan. Dès lors, comment s’assure-t-on qu’on ne garantit pas des bénéfices faciles (une rente) aux capitaux privés? Etc. Il existe quelques exemples fameux. Le « plan calcul » du général De Gaulle fut un fiasco total, le plan d’équipement nucléaire de Pompidou et Pierre Messmer une réussite formidable. L’armée de l’air américaine a créé le système GPS dans les années 70 d’abord pour guider ses missiles, et maintenant il sert aux taxis parisiens. A l’inverse, l’Union européenne a voulu faire financer le programme Galileo par le privé. On attend toujours le début du commencement. Enfin les crédits de recherche publics américains ont permis l’émergence de l’Internet, véritable rupture technologique, au sens de l’apparition de la machine à vapeur de l’électricité. Le problème, c’est que personne ne savait à l’époque que c’était ça qu’on cherchait… 

Alors combien faut-il mettre sur la table pour mettre la France au niveau ? L’économiste Jacques Delpla, membre lui-même de la commission « 2APM », évalue les investissements d’avenir à environ… 400 milliards d’euros. Un chiffre à donner le vertige… 


Celui de la commission devrait être dix fois moindre. Le maire de Bordeaux a donné une fourchette « entre 20 et 40 milliards »aux députés la semaine dernière. Michel Rocard fixe un maximum : « 35 milliards ». Si ce cas de figure se confirme, et si l’on considère que la « machine France » (l’Etat, les entreprises, les chercheurs…) est capable de lancer au maximum 20 milliards d’investissement d’avenir par an, on pourra en conclure que l’opération « grand emprunt » a pour résultat de permettre au gouvernement de se dégager pendant deux ans de la contrainte des finances publiques (
lire ici ) pour faire quand même « quelque chose » qui ressemble au « volontarisme économique » cher au président. Tiens, deux ans, cela nous amène en …2012 !

 

Publié sur Marianne2.fr le 2 novembre 2009

Par Hervé Nathan
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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 17:35

Le grand emprunt voulu par le chef de l’Etat embarrasse la majorité. Effrayés par la croissance exponentielle des déficits publics, les parlementaires de la majorité rechignent. Jean-François Copé dit même : « le grand emprunt, c’est la solution quand on a essayé toutes les autres ». On le voit, l’UMP ne nage pas dans l’audace.


Pour calmer la trouille des élus, l’Elysée a trouvé une présentation plus « budgétairement correcte » de son opération : l’argent du grand emprunt viendrait dans un premier temps en déduction partielle des emprunts habituels de l’Etat, et non pas en plus.


Pour prendre un exemple, si le gouvernement décidait d’une levée de fonds de 100 milliards (hypothèse improbable), une partie seulement serait dépensée, au travers d’organismes spécialement désignés.  La première année, il s’agirait, au maximum, de 20 milliards d’euros, tout simplement parce que trouver, monter, valider et lancer des investissements  innovants de grande ampleur demande du temps et mobilise des énergies.


Resteraient donc 80 milliards d’euros dans les caisses de l’Agence France Trésor. Ceux-ci serviraient à financer la trésorerie de l’Etat.  Celui-ci prévoit d’emprunter à court, moyen et long terme 212 milliards d’euros en 2010, afin de financer le déficit (112 milliards), rembourser les anciennes créances et faire les fins de mois de ses administrations. Le programme pourrait donc devenir 212  milliards (besoin de financement de l’Etat) + 20 (le besoin de financement des premiers investissements « d’avenir ») – 80 (ce qui reste du stock du grand emprunt). Soit 232 milliards d’euros (bien moins que ce que l’Etat a emprunté en 2009, 252 milliards)… Toutes les critiques au nom de la « sauvegarde de la qualité de la signature de l’Etat français » auprès des marchés financiers seraient désarmées.


En 2011, rebelote, 20 milliards d’investissements, 60 milliards de  trésorerie. Et ainsi de suite, jusqu’à épuisement. En fait ce serait comme si l’Etat augmentait ses émissions de dette de 20 milliards pendant cinq ans.  Et avec un peu de chance, la reprise économique, générant des recettes fiscales,  restreindrait le besoin de financement public.

Evidemment, pour mettre le plus de chances de réaliser une bonne affaire, il faut emprunter en 2010 le moins cher possible, c’est-à-dire auprès des marchés financiers, et donc renoncer à l’aspect « politique » d’un emprunt « populaire » qui viendrait plébisciter l’action économique de Nicolas Sarkozy. Mais dans ses discours, le président semble déjà s’être fait une raison.

 

Publié sur marianne2.fr le 28 octobre 2009

Par Hervé Nathan
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /2009 17:30

Ce sera l’une des grandes mesures « jeunes » de Nicolas Sarkozy : l’attribution du Revenu de solidarité active au jeunes. Mais attention pas à tous les jeunes (car la droite redoute l’assistanat généralisé des moins de 25 ans). Aux seuls moins de 25 ans qui pourront justifier de 3200 heures de travail pendant les trois années précédentes. Ceux-là seuls (environ 160 000 personnes, pour un coût annuel de 250 millions d’euros) pourront obtenir un complément de rémunération (195 euros environ) lorsqu’ils ont un emploi, ou bénéficier du RSA de base (l’ex RMI) lorsqu’ils auront perdu leur job et épuisé leurs indemnités Assedic.

Cette barre est un sacré obstacle : il faudra avoir travaillé au moins à deux tiers de temps pendant trois ans. Ce qui n’est pas donné à tout le monde en arrivant sur le marché du travail. Alors, pourquoi ? Réponse de l’Elysée : pour éviter que les étudiants ne bénéficient eux aussi d’un tel dispositif. Car 40% des 2,6 millions  d’étudiants  bossent en même temps qu’ils suivent leurs cours, souvent dans des conditions difficiles. Mais rares sont ceux qui cumulent les amphis et un deux tiers de temps au Mc Do. Un  dispositif plus généreux, par exemple pour un tiers de temps, ou un mi-temps aurait sans doute permis à près de 1 million d’étudiants, qui en moyenne gagnent seulement 300 euros aux alentours de 24 ans, de vivre un peu mieux. Pour eux, le plan jeune de Sarkozy, ce sera ceinture.

 

Publié sur marianne2.fr le 25 septembre 2009

Par Hervé Nathan
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